LettreHenri Poincaré à Eugénie Poincaré - décembre 1873

[Début décembre 1873]

Ma chère maman,

Je ne pouvais pas t’écrire hier parce que j’allais en manipul de concours. Octave1 a eu en effet deux mauvaises colles ; il a eu un huit qu’il connaît et un huit que j’ai vu chez Bonnet2 mais que je n’ai pas voulu lui dire pour ne pas le décourager. Voici comment je me suis arrangé pour mes colleurs. Il y avait en Géo [géométrie] un bon colleur Haag3 et un mauvais Rouché4, en chimie un bon colleur Leblanc5 et un autre Lemoine6, considéré comme mauvais, mais bon pour les types qui savent bien, ami de l’oncle Antoni7 et me gobant parfaitement. J’avais été schicksalé pour Leblanc et Rouché, Dubost8 pour Haag et Lemoine. J’ai échangé Leblanc pour Lemoine à condition qu’il échangerait Haag pour Rouché. Enfin en Ana [Analyse] il y avait deux colleurs également considérés comme mauvais, Laguerre ami de l’oncle Antoni me gobant et Laurent9 avec qui cela pouvait aller très bien mais aussi très mal. J’ai donc échangé Laurent pour Laguerre.

J’ai eu 18 en Chimie l’autre jour ; je n’aurai probablement plus qu’une colle aujourd’hui ou demain. J’ai reçu l’autre jour une lettre de Louis10 et je lui ai répondu. Avant hier j’ai été chez Mme Valette puis j’ai dîné chez Mme Rinck avec Octave.

Rien de neuf sauf cela. Deux de nos cours sont déjà finis, je me suis dévissé avec Belleville11 à Frémy12 et à Mannheim.

 


  1. Octave Barré.

  2. Ossian Bonnet. En 1844 il avait été nommé répétiteur à l’École polytechnique et à partir de 1868 il seconda Michel Chasles dans son cours de géométrie. En 1873 il venait d’être nommé directeur des études de l’école. Membre du Bureau des longitudes, Ossian Bonnet y fut remplacé à sa mort par Poincaré.

  3. Paul Émile Haag avait été formé à l’École polytechnique (promotion 1863).

  4. Après ses études à l’École Polytechnique (promotion 1852), Eugène Rouché, en 1873, intervenait dans l’école en tant que répétiteur. On notera en outre qu’il fut associé à Poincaré dans l’entreprise d’édition des Œuvres de Laguerre ([E. Laguerre 1898] et [E. Laguerre 1905]).

  5. Félix Leblanc (1813-1886) avait fait ses études à l’École des mines (promotion 1833) avant de commencer une carrière d’ingénieur civil des mines en Italie dans la mine que possédait son père. Après la faillite de celui-ci, il s’était tourné vers la chimie et avait intégré le laboratoire de Jean-Baptiste Dumas. D’abord répétiteur à l’École polytechnique il fut ensuite titulaire de la chaire de chimie analytique à l’École centrale des arts et manufactures. Il fut par ailleurs vice-président de la Société française de chimie. Sur sa vie et son œuvre, voir [Peronet 1886].

  6. Georges Clément Lemoine .

  7. Frère aîné d’Émile-Léon Poincaré, Antonin Poincaré . Comme on le verra dans la suite de cette correspondance, Antonin Poincaré était très proche de son neveu, qu’il visitait régulièrement à l’École polytechnique lors de ses fréquents séjours à Paris.

  8. Frédéric Toussaint Dubost.↩

  9. Hermann Laurent avait été formé à l’École polytechnique (promotion 1860). Il y fut répétiteur (1866) puis examinateur d’admission (1883), il fut professeur de mathématiques à l’École agronomique de Paris.

  10. Louis Comon.

  11. Dans la promotion de Poincaré il y avait deux frères Belleville, qui tous deux avaient fait leurs études au lycée de Nancy : Jean-Baptiste Gérald (1853-1939), qui mena une carrière d’ingénieur des ponts et chaussées, et Charles Henry (1854-1931), qui intégra le corps de l’artillerie. Charles Henry était entré à l’École polytechnique avec le 80e rang alors que son frère était second major derrière Poincaré ; à en juger par la tonalité des lettres suivantes, qui ne donnent aucun prénom, on peut supposer que Poincaré fait la plupart du temps référence à Jean-Baptiste Belleville [Registres des étudiants de l’École polytechnique 2016].

  12. Le chimiste Edmond Frémy (1814-1894) avait été l’assistant de Louis Joseph Gay-Lussac à l’École polytechnique, où il fut nommé préparateur, puis répétiteur et enfin, en 1846, professeur titulaire. Il occupa en outre la chaire de chimie du Muséum d’histoire naturelle, institution qu’il dirigea de 1879 à 1891, et fut élu à l’Académie des sciences en 1857. On lui doit notamment la synthèse d’un agent oxydant, le nitrosodisulfonate de disodium, qui est encore appelé aujourd’hui sel de Frémy.

Titre (dcterms:title)

Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - décembre 1873

Incipit (ahpo:incipit)

Je ne pouvais pas t’écrire hier parce que j’allais en manipul de concours.

Date (ahpo:writingDate)

1873-12

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L1873-12a-HP_EP

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Sujet (dcterms:subject)

(fr) Colles et examens (polytechnique)  ;
(fr) Visites familiales et amicales

Chapitre (ahpo:publishedIn)

Lieu d’archivage (ahpo:archivedAt)

Type (ahpo:documentType)

(fr) Lettre autographe

Section (dans le livre) (ahpo:sectionNumber)

1

Droits (ahpo:rightsHolder)

Archives Henri Poincaré

Nombre de pages (ahpo:numberOfPages)

2

Mots d'argot polytechnicien cités (ahpo:citeArgot)

Numéro (ahpo:letterNumber)

011

Éditeur (dcterms:publisher)

Laurent Rollet

Licence (dcterms:license)

« Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - décembre 1873 ». La Correspondance De Jeunesse d’Henri Poincaré : Les années De Formation, De l’École Polytechnique à l’École Des Mines (1873-1878). Archives Henri Poincaré, s. d., Archives Henri Poincaré, s. d, La correspondance d'Henri Poincaré, accessed 13 July 2020, http://henripoincare.fr/s/Correspondance/item/12596

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