LettreHenri Poincaré à Eugénie Poincaré - janvier 1874

[Janvier 1874]

Ma chère maman,

Rien de bien neuf ; je suis content de ma compos [composition]. Je me suis encore trouvé avec Herdner1. J’ai été seul presque tout le temps avec lui et une famille de deux types. J’avais seulement le père Martin de Marie qui est descendu à Champigneulles, un autre fumiste qui est descendu à Toul et une famille formée d’un jeune homme rougeaud aux moustaches et à l’impériale2 cirées, de sa femme ; son père et sa mère sont montés à Château-Thierry. Wie viel kotest du sie ? me dit Herdner ; Acht3 lui-répondis-je puis dissertation en allemand sur la moyenne générale et l’humanité. Ce sont des Prussiens, dit-elle à son mari à moitié bas. Arrivés à Ebly-Crecy, le mari fit la judicieuse observation que ce lieu était célèbre dans l’histoire4. Là-dessus nouvelle dissertation en allemand sur un monsieur fort bien mis qui avait demandé à M. Brice à Carignan si c’était là que François I avait remporté sa célèbre victoire5.

La jeune femme nous regarde de nouveau avec des yeux effarés, quoique un peu rassurée par la conversation française intermédiaire.

J’ai vu les Olleris ce matin. Je n’ai pas encore vu l’oncle Antoni ; j’y vais.

 


  1. Henri Albert Herdner était originaire de Bouxwiller (Bas-Rhin) et était entré à l’École polytechnique un an avant Poincaré. [Registres des étudiants de l’École polytechnique 2016].

  2. L’impériale était une sorte de barbe consistant en un bouquet de poils descendant du centre du menton. Ce tybe de barbe était très à la mode dans les années 1860-1870. C’était notamment celle qu’arborait Napoléon III.

  3. Traduction de la phrase en allemand : « Combien la côtes tu ? me dit Herdner. Huit, lui répondis-je… ». Il s’agit bien-sûr d’une conversation sur la côte des femmes.

  4. La personne en question faisait probablement allusion à la Bataille de Crécy (26 août 1346) qui avait marqué le début de la guerre de Cent ans. Cette bataille n’avait cependant pas eu lieu à Ebly-Crécy, commune située non loin de Paris, mais dans la Somme. D’où le ton très ironique de la lettre.

  5. Il s’agissait là sans doute d’une confusion amusante entre la ville de Carignan, située dans les Ardennes, et la ville italienne de Marignan (aujourd’hui Melegnano) dans laquelle avait eu lieu la célèbre bataille, les 13 et 14 septembre 1515.

Titre (dcterms:title)

Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - janvier 1874

Incipit (ahpo:incipit)

Rien de bien neuf ; je suis content de ma compos

Date (ahpo:writingDate)

1874-01

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Destinataire (ahpo:sentTo)

Identifiant (dcterms:identifier)

L1874-01b-HP_EP

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Lieu (ahpo:writtenAt)

Sujet (dcterms:subject)

(fr) Affaires diverses (polytechnique)  ;
(fr) Visites familiales et amicales

Chapitre (ahpo:publishedIn)

Type (ahpo:documentType)

(fr) Lettre autographe

Section (dans le livre) (ahpo:sectionNumber)

2

Droits (ahpo:rightsHolder)

Archives Henri Poincaré

Nombre de pages (ahpo:numberOfPages)

2

Mots d'argot polytechnicien cités (ahpo:citeArgot)

Noms cités dans l'apparat (ahpo:citeApparatName)

Mots d'argot polytechnicien cités dans l'apparat (ahpo:citeApparatArgot)

Numéro (ahpo:letterNumber)

027

Éditeur (dcterms:publisher)

Laurent Rollet

Licence (dcterms:license)

« Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - Janvier 1874 ». La Correspondance De Jeunesse d’Henri Poincaré : Les années De Formation, De l’École Polytechnique à l’École Des Mines (1873-1878). Archives Henri Poincaré, s. d., Archives Henri Poincaré, s. d, La correspondance d'Henri Poincaré, accessed 15 July 2020, http://henripoincare.fr/s/correspondance/item/12908

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