LettreHenri Poincaré à Eugénie Poincaré - 3 septembre 1878

Stockholm 3/9 [1878]

Las d’attendre Balthasar1, qui ne donne toujours pas de ses nouvelles, je suis décidé à partir demain matin à moins qu’il n’ait écrit aujourd’hui à Jacobsbergsgatan2 quelque chose qui modifie mes dispositions. Mon intention actuelle est de m’arrêter à Finspong, à Trollhättan, dans un endroit près de Malmo dont je ne sais plus le nom, puis, une fois à Malmö, d’en revenir avec la rapidité d’une flèche lancée d’une main sûre3. Quant à Åtvidaberg, je crois que je ferai mieux d’y renoncer, car d’après ce qu’on m’a dit à Fahlun4, ici et à Dannemora, cela n’est plus en exploitation ou à peine.

Depuis hier, je cherche à me passer de Balthasar. J’ai été faire renouveler mon permis5. Mais j’ai exécuté une opération bien plus difficile. Grâce à l’intervention de Balthasar, un employé des postes m’avait promis de mettre de côté des timbres rares que je destine à faire l’ornement du Recueil de timbres de notre cher Jules6. Or je ne me rappelais plus du tout dans quel bureau de poste nous avions été ; de plus l’employé ne parlait que suédois ; à propos je n’ai fait absolument aucun progrès dans cette langue ; je vais être joliment distancé par mon ami Marcel7. L’opéra s’est exécuté sans encombre.

Les Suédois sont en train d’user toutes leurs munitions. Il faut que le roi revienne ou qu’il y ait un nouveau petit kronprinz.

Samedi et dimanche je retournerai encore dans les musées – dimanche soir je dînai chez Mme Thiébaut en Cie de M. Marin, de Craes de Grill, et d’un officier du génie suédois ; le soir nous allâmes au concert Blanche8 et la 1ere personne que nous aperçûmes fut le chevalier de St Grégoire le Grand, Mablé ; immédiatement il se mit à nous faire les plus gracieux saluts, Mlle Désirée détourna la tête sans avoir l’air de s’en apercevoir ; et dit à Marin Tiens voilà ce monsieur de l’autre soir ; Ah il vous déplaît, répondit Marin, il est commun, c’est vrai, mais il a été zouave pontifical. Je crois qu’elle aurait voulu aller s’asseoir à l’autre bout du jardin ; mais il y avait beaucoup de monde, et il n’y avait de place qu’à côté du zouave ; Mlle Désirée me fit asseoir entre elle et lui « pour lui cacher cette horreur ». Le lendemain je revois le zouave qui se plaignit vivement de la conduite de Mlle Désirée. « Elle n’a pas eu l’air de me voir, mais elle a dit simplement à M. Marin, Tiens voilà ce M. de l’autre soir ». S’il a entendu la réponse de Marin pensais-je, il a dû être édifié.

Hier je retournai au concert Blanch où je m’assis à côté de la famille Thiébaut ; le chevalier de St Grégoire vint encore faire une tentative de conversn mais sans aucun succès.

Les Suédois font grande affluence au concert Blanch le kleine postillon, Carmen et le Bröllöpslåget de Bellmann9 ont surtout grd [grand] succès10.

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Rien de nouveau ici, si ce n’est que Marie me recommande de dire à Mademoiselle que les compotiers et la plaque sont arrivés et que si Melle Barbat a déballé elle-même les [tuiles ?]. Avez-vous reçu les épreuves d’Henri que je vous ai renvoyées11 ? Il faut les porter chez l’imprimeur après correction.

Je reçois une lettre de Mme de [Pomeau ?] où elle recommande déjà ton âme à Dieu et où elle s’engage à prier le Seigneur pour moi et le bonheur de notre chère enfant.

Mes compliments à Madame Boutroux et à Monsieur Émile.

 


  1. Balthazar Mathis.

  2. Jakobsbergsgatan est une rue du centre de Stockholm.

  3. Poincaré évoque ici le début de son trajet de retour vers la France. Il envisageait de revenir vers le Danemark en passant par Finspång – et non Finspong comme il l’écrit – et Trollhättan.

  4. Falun (Poincaré écrit Fahlun).

  5. Voir la lettre précédente.

  6. Il est question ici de la collection de timbres de Jules Rinck, le père d’Élie Rinck. Celle-ci était à la fois un objet d’admiration et de moquerie dans la famille Poincaré. Voir notamment la lettre 48.

  7. Marcel Bonnefoy.

  8. Le café Blanch de Stockholm. Voir les lettres précédentes.

  9. On peut supposer que Poincaré évoquait ici une chanson du poète Carl Michael Bellmann (1740-1795). Très populaire en Suède il était aussi connu du public français.

  10. La suite de la lettre n’est pas de la main de Poincaré. On peut supposer qu’il s’agissait d’un message de Madame Thiébaut pour la mère de Poincaré.

  11. S’agissait-il des épreuves de sa thèse de doctorat ?

Titre (dcterms:title)

Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - 3 septembre 1878

Incipit (ahpo:incipit)

Las d'attendre Balthasar ...

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1878-09-03

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L0323

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(fr) Lettre autographe

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6

Droits (ahpo:rightsHolder)

Archives Henri Poincaré

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3

Noms cités dans l'apparat (ahpo:citeApparatName)

Numéro (ahpo:letterNumber)

323

Langue (ahpo:language)

fr

Oeuvres citées (ahpo:citeOEuvre)

Éditeur (dcterms:publisher)

Laurent Rollet

Licence (dcterms:license)

« Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - 3 Septembre 1878 ». La Correspondance De Jeunesse d’Henri Poincaré : Les années De Formation, De l’École Polytechnique à l’École Des Mines (1873-1878). Archives Henri Poincaré, s. d., Archives Henri Poincaré, s. d, La correspondance d'Henri Poincaré, accessed 20 October 2020, http://henripoincare.fr/s/correspondance/item/13947

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