LettreHenri Poincaré à Eugénie Poincaré - 24 juillet 1878

[24 juillet 1878]

Eide mercredi

Échange de dépêches entre le grand navigateur1 et le reporter du Bergener Dagbladet.

1° lettre reçue mercredi à Bergen, annonçant que le grand navigateur compte rejoindre le rédacteur à Bergen et faire ensemble la route de Christiania.

Bonnefoy, hôtel Britannia Trondheim t’attends hôtel Skandinavien Bergen

Poincaré

Samedi à midi.

Poincaré hôtel Skandinavien, Bergen. Dépêche trop tard, vais Christiania.

Bonnefoy

Samedi à 6h50.

Décidément je n’ai pas de chance avec mes dents j’ai attrapé une névralgie sur le pont de l’Haukelid vendredi ; elle s’est déclarée dans la journée de samedi ; je me suis procuré des pilules de Meglin2 après de longues négociations et la névralgie a disparu mais pour faire place à une fluxion qui en est évidemment la suite.

J’ai rencontré un apôtre anglais qui m’a donné du phénol sur du coton ainsi qu’un petit livre intitulé Truth is in Jesus ou quelque chose comme çà. Mainten [maintenant] j’ai encore ma fluxion mais depuis que c’est enflé cela ne me fait plus mal je pense que ce sera passé demain. Je voyage à très petites journées3. Je pense pour plusieurs raisons la 1ère c’est que je ne peux pas faire autrement : les bateaux correspondant d’une façon aussi défectueuse que possible ; la seconde c’est que je veux me ménager t que [tant que] je ne serai pas tout à fait guéri.

Je pense n’être à Christiania que jeudi matin soir, mon temps étant distribué de la sorte sauf changts ultér [changements ultérieurs]

ce soir coucher à Eidfjord (bateau)

jeudi expédn [expédition] au Vøringfoss4

vendredi retour ici (bateau)

samedi de Eide à XXX (carriole

dimanche de XXX à Gudvangen5 (carriole) et à Laerdal bateau.

lundi mardi mercredi à Odnes (diligence)

jeudi de Odnes à Gjøvik6 (diligence)

de Gjøvik à Eidsvold (bateau) et de Eidsvold à Christiania (chemin de fer)

Quant à Bonnefoy il sera sans doute à Christiania lundi.

Je me suis embarqué hier sur le Hirdangeren.

Le vaisseau possédait heureusement une espèce de petite cahute fermée et à fenêtres sur le pont de sorte que l’on pouvait voir sans être atteint par le vent.

Ici j’ai retrouvé sur les livres des voyageurs mes vieilles connaissances M. et Mme G. Fontaine et Melle Berthe Valdelierre que je n’avais pas vu depuis Veblungsnes.

Eide vendredi

Avant hier soir je me suis embarqué sur le Vikingen pour Eidfjord où je suis arrivée à 10 heures. À Eidfjord je fis de nombreuses connaissances à savoir un docteur en droit norvégien, un jeune hollandais qui voyage avec ses deux soeurs, une jeune dame norvégienne ; plus un vieux Mons. norv. [ Monsieur norvégien] et sa femme.

Le lendemain jeudi, voyage au Vøringfoss, à pied, en bateau et à cheval ; j’avais un très bon cheval.

Le Vøringfoss a la masse du Reichenbach et la hauteur du Staubbach7. Au moment où nous et. [étions] de retour, nous vîmes le bateau à vapeur qui était déjà à 500 mètres en mer ; du reste je n’avais jamais compté le prendre.

J’ai donc pris celui de ce matin qui faisait un grand détour passant par Odde8 et je suis arrivé ici à 6 heures du soir. Mes nouvelles connaissances ont débarqué à Odde.

 


  1. Respectivement Marcel Bonnefoy et Poincaré.

  2. Les pilules de Meglin étaient un remède très courant au 19e siècle. On les prescrivait pour traiter les névralgies faciales. Elles contenaient un extrait de jusquiame noire ainsi que de l’oxyde de zinc sublimé. Rappelons que Poincaré venait d’une famille de médecins (son père) et de pharmaciens (son grand-père paternel).

  3. Voyager à très petites journées : voyager lentement.

  4. Le Vøringfossen est une impressionnante chute d’eau (183 mètres de hauteur) située non loin de la commune d’Eidfjord.

  5. Les XXX indiquent que Poincaré avait sans doute quelques incertitudes quant à la suite de son voyage. Ceci étant, le trajet entre Eide, près de Sognefjord, et Gudvangen, vers le sud, représente un trajet d’environ 80 kilomètres.

  6. La suite des lettres nous apprend que Poincaré ne devait pas faire cette étape. Plutôt que d’aller vers Gjøvik pour redescendre ensuite vers Oslo, Poincaré préféra descendre directement vers le sud depuis Odnes.

  7. Le Reichebbach et le Staubbach sont deux cascades suisses. Poincaré se trompe lorsqu’il compare les hauteurs de la cascade de Vøringfossen et de celle du Staubbach. La cascade de Staubbach est bien plus haute que son homologue norvégienne (300 mètres contre 183 mètres).

  8. Il s’agit probablement de la petite ville d’Odda.

Titre (dcterms:title)

Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - 24 juillet 1878

Incipit (ahpo:incipit)

Eide mercredi

Date (ahpo:writingDate)

1878-07-24

Expéditeur (ahpo:sentBy)

Destinataire (ahpo:sentTo)

Identifiant (dcterms:identifier)

L0306

Adresse (ahpo:destinationAddress)

Sujet (dcterms:subject)

fr Voyage d’étude en Norvège et en Suède (1878)

Lieu d’archivage (ahpo:archivedAt)

Type (ahpo:documentType)

fr Lettre autographe

Section (dans le livre) (ahpo:sectionNumber)

6

Droits (ahpo:rightsHolder)

Archives Henri Poincaré

Nombre de pages (ahpo:numberOfPages)

4

Noms cités dans l'apparat (ahpo:citeApparatName)

Numéro (ahpo:letterNumber)

306

Langue (ahpo:language)

fr

Éditeur (dcterms:publisher)

Laurent Rollet

Licence (dcterms:license)

« Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - 24 Juillet 1878 ». La Correspondance De Jeunesse d’Henri Poincaré : Les années De Formation, De l’École Polytechnique à l’École Des Mines (1873-1878). Archives Henri Poincaré, s. d, Archives Henri Poincaré, s. d, La correspondance d'Henri Poincaré, consulté le 24 janvier 2022, http://henripoincare.fr/s/correspondance/item/3872