LettreHenri Poincaré à Eugénie Poincaré - janvier 1874

[Janvier 1874]

Ma chère maman,

Rien de particulier – Avant hier revue du géné pour les bits jusqu’à 10 h ; résultat immédiat : prolonge. Mon bit est recalé avec ensemble. Visite chez Madame Bataille que nous ne trouvons pas. Impossible de sécher le dîner Olleris ; même à 10 h ; par suite du four1 de Corps qui a dénoncé à Gonzalve2 l’existence de la prolonge ; je dîne d’abord seul avec Baillot ; arrivent ensuite les Rinck, M. et Mme Rougié ; M. Rougié3 est un antique de l’oncle Antoni, correspondant4 de Gilliot5 ; qui pose pour croire que tout est arrivé, les réformes de Rosto*6, celles du géné actuel, la chiade insensée de Gilliot qui sèche son pondant tous les mercredis et tous les dimanches sous prétexte de chiader. 3° un ex-central très gentil et sa femme 4° X+X'. On passe agréablement son temps en mêlant artistement les lansquenets7 aux [mot illisible] et les [mot illisible]8 aux baccarats9, pendant que la partie sérieuse de la société botte le whist10 dans un coin. On interrompt de temps en temps ces occupations variées pour bouffer à qui mieux mieux. Hier le colo fait appeler les majors pour une affaire de peu d’importance ; il est charmant ; nous annonce que nous avons sortie aujourd’hui de 9 h à 12.45, que nous aurons congé en février depuis le samedi jusqu’au dimanche soir ; il s’est ouvert le ventre avec un kriss malais et nous a montré le sabre de Kléber11. Aujourd’hui lettre de Wack12 qui nous invite pour son dîner.

Henri

 


  1. Four : échec.

  2. Gonzalve Olleris.

  3. Il s’agit probablement de Jean Baptiste Louis Marcellin Rougier (et non Rougié, comme l’écrit Poincaré).

  4. Les élèves de l’École polytechnique dont les parents ou les tuteurs ne résidaient pas à proximité de Paris devaient avoir un correspondant officiellement enregistré par la direction. Ils étaient ensuite autorisés à leur rendre viste au parloir et étaient leurs garants auprès des autorités militaires en cas de problème. C’est la famille Rinck qui remplissait ce rôle pour Poincaré [G. Pinet & A. Lévy 1894].

  5. Martin Gilliot.

  6. Poincaré fait ici référence au général Louis de Rostolan qui avait commandé l’École polytechnique dans les années 1844-1848.

  7. Le lansquenet – du nom des piquiers mercenaires allemands du 15e siècle – était un jeu de cartes ancien. Il était passé de mode dans la seconde moitié du 18e siècle. Il avait connu un regain de popularité dans les années 1850 dans les salons de jeu mais dans une version très simplifiée.

  8. Dans les deux cas on lit « zoupiconns ».

  9. Le baccara (et non baccarat) était un jeu de cartes très populaire au 19e siècle. Riche de multiples variantes, il se jouait entre un banquier et d’autres joueurs appelés les pontes.

  10. Le whist – jeu de cartes d’origine anglaise et ancêtre du bridge – était très prisé des élèves de l’École polytechnique. Poincaré était un grand amateur de ce jeu et écrivit même un poème à ce sujet. Voir la lettre 279.

  11. Il s’agit du général Jean-Baptiste Kléber.

  12. Henri Wack. Il intégra l’École polytechnique en 1874 [Registres des étudiants de l’École polytechnique 2016].

Titre (dcterms:title)

Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - janvier 1874

Incipit (ahpo:incipit)

Rien de particulier. Avant hier revue du géné...

Date (ahpo:writingDate)

1874-01

Expéditeur (ahpo:sentBy)

Destinataire (ahpo:sentTo)

Identifiant (dcterms:identifier)

L1874-01h-HP_EP

Adresse (ahpo:destinationAddress)

Lieu (ahpo:writtenAt)

Sujet (dcterms:subject)

Chapitre (ahpo:publishedIn)

Lieu d’archivage (ahpo:archivedAt)

Type (ahpo:documentType)

(fr) Lettre autographe signée

Section (dans le livre) (ahpo:sectionNumber)

2

Droits (ahpo:rightsHolder)

Archives Henri Poincaré

Nombre de pages (ahpo:numberOfPages)

2

Mots d'argot polytechnicien cités (ahpo:citeArgot)

Noms cités dans l'apparat (ahpo:citeApparatName)

Numéro (ahpo:letterNumber)

033

Langue (ahpo:language)

fr

Éditeur (dcterms:publisher)

Laurent Rollet

Licence (dcterms:license)

« Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - Janvier 1874 ». La Correspondance De Jeunesse d’Henri Poincaré : Les années De Formation, De l’École Polytechnique à l’École Des Mines (1873-1878). Archives Henri Poincaré, s. d., Archives Henri Poincaré, s. d, La correspondance d'Henri Poincaré, accessed 20 October 2020, http://henripoincare.fr/s/correspondance/item/3876

Scan