LettreHenri Poincaré à Eugénie Poincaré - 20 décembre 1873

[Vers le 20 décembre 1873]

Ma bonne maman,

Je suis sorti avant-hier ; j’ai d’abord passé ma matinée chez les Rinck ; puis j’ai été dîner chez M. Briot ; j’y ai trouvé d’abord Mme Briot, Briot1 et Burger2, le sergent de la salle 27 ; enfin un petit garçon de 6 ans environ qui s’est amusé tout le temps avec nos trois tangentes. Ensuite est venu M. Briot qui m’a dit qu’il avait corrigé ma composition du concours général et qu’elle était très remarquable. Puis au café, est venu M. Bouquet3, le binôme indispensable de Briot, l’examinateur de Normale, qui n’a rien dit de particulier. Enfin nous avons été faire un tour nous trois et je me suis dirigé vers le Palais Royal. En chemin j’ai rencontré Roger4 avec qui j’ai fait un bout de chemin. Enfin j’ai été faire visite à M. Bideau. Je l’ai trouvé contre toute attente ainsi que sa femme. Il m’a demandé ce qu’on pensait à l’école de l’affaire Bazaine. J’ai répondu qu’on avait été enchanté de la condamnation et beaucoup moins de la commutation. M. Bideau a dit qu’on avait raison et Mme Bideau a fait la moue. Puis j’ai débité la fameuse phrase du colonel. Mme Bideau a dit que c’étaient des mots et M. Bideau a répondu que c’étaient des pensées. Pendant ma visite, Élie5 est venu faire la sienne. Nous sommes sortis ensemble et nous avons retrouvé M. et Mme Rinck sur le boulevard. J’ai dîné chez elle avec Octave et Millot6.

Hier il ne s’est rien passé de bien intéressant. Je ne sais trop si nous reviendrons à Noël. J’ai commencé un nouvel arbre et un nouveau jodot.

On va afficher toutes les notes au-dessous de 7 et au-dessus de 17. On va bien-sûr voir qui est 2nd major pour le moment ; il est certain que ce n’est plus Belleville7. Ruault a descendu aussi. Ducros a monté ainsi que Debray. J’ai rencontré en effet il y a 8 jours mon cousin germain René Leclerc au milieu d’un amphi de ses cocons de Charenton en train de balader sur le boul. ; mais je ne rappelle pas qu’il m’ait fait le salut militaire8.

Je savais déjà que l’oncle Antoni devait venir par notre préparateur, M. Lemoine qui me parle de lui à toutes les manipulations.

J’embrasse tout le monde.

Henri

 


  1. Louis Albert Briot.

  2. Philippe Auguste Paul Burger avait obtenu la 18e place au concours d’entrée en 1873. Il fit une carrière d’ingénieur en chef des ponts et chaussées et se spécialisa dans l’architecture portuaire [Registres des étudiants de l’École polytechnique 2016].

  3. Jean-Claude Bouquet avait mené effectivement de nombreux travaux avec Charles Briot sur les fonctions doublement périodiques. Il fut nommé maître de conférences à l’École normale supérieure puis répétiteur à l’École polytechnique.

  4. Roger Berment.

  5. Élie Rinck.

  6. Octave Barré et Jean Baptiste Henry Millot, deux camarades de seconde année originaires de Nancy.

  7. Jean-Baptiste Belleville.

  8. Le grand-père de Poincaré, Jacques Nicolas Poincaré était propriétaire d’une pharmacie à Nancy. Son premier fils Antonin étant entré à l’École polytechnique, il souhaitait que son second fils Émile Léon reprenne la pharmacie à son compte. Cependant, celui-ci s’était orienté, au grand regret de son père, vers des études de médecine. Jacques Nicolas Poincaré avait donc vendu en 1850 sa pharmacie à Camille Leclerc, un de ses anciens élèves. Celui-ci avait deux enfants, Blanche et René. Poincaré et sa sœur Aline partagèrent durant leur prime jeunesse les jeux des enfants Leclerc mais dans les années 1860-1870, les deux familles étaient semble-t-il en froid et n’avaient plus guère de relations [A. Boutroux 2012, chap. II]. C’est donc probablement par dérision que Poincaré désigne René Leclerc comme son cousin germain. Celui-ci était probablement en train de faire son service militaire au Fort de Charenton, d’où la mention du salut militaire.

Titre (dcterms:title)

Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - 20 décembre 1873

Incipit (ahpo:incipit)

Je suis sorti avant-hier ; j'ai d'abord passé ma matinée chez les Rinck ...

Date (ahpo:writingDate)

1873-12-20

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Identifiant (dcterms:identifier)

L1873-12-20-HP_EP

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Sujet (dcterms:subject)

(fr) Classement des élèves  ;
(fr) Général Bazaine  ;
(fr) Visites familiales et amicales

Chapitre (ahpo:publishedIn)

Lieu d’archivage (ahpo:archivedAt)

Type (ahpo:documentType)

(fr) Lettre autographe signée

Section (dans le livre) (ahpo:sectionNumber)

1

Droits (ahpo:rightsHolder)

Archives Henri Poincaré

Nombre de pages (ahpo:numberOfPages)

3

Mots d'argot polytechnicien cités (ahpo:citeArgot)

Numéro (ahpo:letterNumber)

022

Langue (ahpo:language)

fr

Éditeur (dcterms:publisher)

Laurent Rollet

Licence (dcterms:license)

« Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - 20 décembre 1873 ». La Correspondance De Jeunesse d’Henri Poincaré : Les années De Formation, De l’École Polytechnique à l’École Des Mines (1873-1878). Archives Henri Poincaré, s. d., Archives Henri Poincaré, s. d, La correspondance d'Henri Poincaré, accessed 14 July 2020, http://henripoincare.fr/s/correspondance/item/4552

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