LettreHenri Poincaré à Gösta Mittag-Leffler - 4 décembre 1889

[4/12/89]

Mon cher ami,

Recevez d’abord les félicitations les plus sincères de Madame M[ittag-] L[effler] et de moi-même à Madame Poincaré et à vous à cause de la naissance de votre petite Yvonne1. J’espère que la mère et l’enfant se portent bien toutes les deux et que votre fille vous donnera bien du bonheur à l’avenir.

Je ne vous cache point que j’ai été extrêmement perplexe en apprenant hier de M. Phragmén les nouvelles que vous lui avez communiqué[es]. Ce n’est pas que je doute que votre mémoire sera dans tous les / cas regardé [comme] un ouvrage de génie par la pluralité des géomètres et qu’il sera le point de départ de tous les efforts qu’on fera dorénavant dans la mécanique céleste. Ne croyez pas donc que je regrette le prix qui a été bien dignement placé.2 Mais voici le plus grand malheur. Votre dépêche est arrivée trop tard et le mémoire était déjà distribué.3

Dans ces circonstances je ne vois pas d’autres moyens que vous veuillez m’écrire une lettre destinée pour les Acta dans laquelle vous me dites que vous avez [1 mot illisible] en révisant encore une fois votre démonstration à cause d’une correspondance avec M. Phragmén que la stabilité n’est pas démontré[e] parce que les surfaces asymptotiques ne sont point en général fermé[es], mais qu’il existe une infinité de telles surfaces fermées etc. etc. / Vous indiquez aussi la cause de l’erreur comme vous l’avez fait à M. Phragmén et vous m’annoncez que vous voulez m’envoyer un nouveau travail dans lequel vous indiquerez toutes les modifications qui sont nécessaires dans le mémoire principal]e[.

Je suis très reconnaissant si vous dites un mot bienveillant sur M. Phragmén. Une chaire de mécanique est libre à notre université et je désire bien vivement qu’elle sera donnée à lui en préférence de M. Bohlin ou de M. Charlier qui lui sont tous les deux très inférieurs.

C’est vrai que mes adversaires acquis par le succès des Acta me feront assez de scandale à cause de cette affaire mais je le prendrai très tranquillement parce que ce n’est pas une honte de s’être trompé en même temps que vous et parce que je suis bien fermement persuadé que c’est vous qui arriverez une fois à dévoiler les mystères les plus cachés de cette question si difficile.

Agréez mon cher ami l’expression de mon dévouement bien sincère.

Tout à vous

M. L.


 Apparat critique

  1. La deuxième fille de Henri et Louise Poincaré, Yvonne est née le 9 novembre 1889 à Paris.

  2. Dans une lettre datée du 6 décembre et adressée à Hermite, Mittag-Leffler n’est pas aussi indulgent:

    Il faut se rappeler que la faute qu’a faite Poincaré est tellement grave et tellement tenant à toute son exposition qu’il n’y a pas beaucoup de pages où il n’emploie pas des résultats qui sont faux. (AS)

  3. Le mémoire original avait été imprimé le 11 novembre 1889.

Titre
Henri Poincaré à Gösta Mittag-Leffler - 4 décembre 1889
Incipit
Recevez d'abord les félicitations les plus sincères de Madame M[ittag-] L[effler] ...
Date
1889-12-04
Lieu
Paris
Sujet
Erreur de Poincaré dans le mémoire original présenté au concours du roi Oscar
Lieu d’archivage
Mittag-Leffler Institute
Type
fr Brouillon autographe signé
Section (dans le livre)
91
Nombre de pages
3
Langue
fr
Publié sous la référence
CHP 1:91
Licence
CC BY-ND 4.0

« Henri Poincaré à Gösta Mittag-Leffler - 4 décembre 1889 ». La Correspondance Entre Henri Poincaré Et Gösta Mittag-Leffler. Archives Henri Poincaré, s. d, Archives Henri Poincaré, s. d, La correspondance d'Henri Poincaré, consulté le 19 avril 2024, https://henripoincare.fr/s/correspondance/item/6243