LettreHenri Poincaré à Aline Boutroux - 9 août 1874

Paris, 9 Août [1874]

Ma bonne Liline,

Je pense que tu n’as pas vu la dernière lettre que j’ai envoyée à Nancy, où je racontais mes sorties de dimanche, lundi et mercredi. Il faut d’abord te dire qu’ayant mis du mastic plein mes clefs, je ne pouvais plus ouvrir mon tiroir, d’où résulta que je fus obligé de mettre dans le tiroir de Rataboul mes topos que la caisse m’avait donnés pour faire des visites. Le dimanche matin Rataboul, qui était consigné, se dépêcha de sortir sans me dire son mot. Après des tentatives inutiles faites en commun avec Dubost pour découvrir ce mot, je me décidai à l’attendre jusqu’à 9 h ½. Mais il fallait prévenir Mme Rinck. Je pensais qu’Élie1 allait sortir. Mais Laramée finit par me dire qu’il ne sortirait qu’à 2 h. J’allais donc chez Mme Rinck, puis je retournai à l’X et j’allai enfin faire mes visites au bout de la rue Mouffetard et retour par le boulevard d’Enfer ; j’arrivai enfin à 11 h et je trouvai Élie, qui n’allait toujours pas mieux. Arrive alors M. l’abbé Lagarde vicaire général de Mgr Guibert, qui vient proposer un remède souverain, secret des sœurs XY. On arrive en voiture, on vous met un emplâtre et on s’en retourne à pied. Toute la communauté est déjà sous les armes, attendant Élie. Élie ne veut pas y aller et M. Rinck est obligé d’aller remercier la sœur supérieure. La soirée se passe sans autre événement.

Le lendemain, les anc. [anciens] allèrent à Vincennes le matin ; à midi nous prîmes les armes ; les majors devaient prendre leurs tangentes. Nous sortîmes de l’X en marchant par le flanc ; nous prîmes le chemin de la Bastille en poussant par la rue de la Montagne, la rue des Écoles ; la rue du Cardinal Lemoine ; le boul ; les quais ; etc. Arrivés à la Bastille nous sommes montés en chemin de fer après un quart d’heure d’attente au grand épatement des fumistes ; descendus à St Mandé, nous nous sommes dirigés sur le polygone. Je n’ai pas besoin de te dire que sur 6 balles j’ai fait 6 zéros. Nous revînmes à l’X par le même chemin et nous ne pûmes en sortir qu’à 7 h jusqu’à 9 h 1/2. Ma sortie n’a d’ailleurs été marquée par aucun événement.

Mercredi l’événement le plus marquant a été l’arrivée du jeune Pauly, lauréat des dominicains d’Arcueil2 et qui a obtenu le 3e prix de je ne sais plus quoi dans la classe de 8e. J’allai d’abord chez Madame Vallet et au pavillon de Rohan, où rien n’était prêt. Le soir une voiture me conduisit successivement à la gare de Sceaux, à l’X pour reconduire Élie et à la gare de l’Est pour reconduire le jeune Pauly.

M. Fuzier3 m’a fait appeler l’autre jour parce qu’il écrivait à papa pour le remercier et qu’il voulait lui dire comment j’allais.

Bou à tous.

 


  1. Élie Rinck.

  2. Le collège Albert-Legrand d’Arcueil.

  3. François Jean Baptiste Fuzier (Poincaré écrit Puzié).

Titre (dcterms:title)

Henri Poincaré à Aline Boutroux - 9 août 1874

Incipit (ahpo:incipit)

Je pense que tu n'as pas vu la dernière lettre ...

Date (ahpo:writingDate)

1874-08-09

Expéditeur (ahpo:sentBy)

Destinataire (ahpo:sentTo)

Identifiant (dcterms:identifier)

L0090

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Lieu (ahpo:writtenAt)

Chapitre (ahpo:publishedIn)

Lieu d’archivage (ahpo:archivedAt)

Type (ahpo:documentType)

(fr) Lettre autographe

Section (dans le livre) (ahpo:sectionNumber)

2

Droits (ahpo:rightsHolder)

Archives Henri Poincaré

Nombre de pages (ahpo:numberOfPages)

3

Mots d'argot polytechnicien cités (ahpo:citeArgot)

Noms cités dans l'apparat (ahpo:citeApparatName)

Numéro (ahpo:letterNumber)

090

Langue (ahpo:language)

fr

Éditeur (dcterms:publisher)

Laurent Rollet

Licence (dcterms:license)

« Henri Poincaré à Aline Boutroux - 9 août 1874 ». La Correspondance De Jeunesse d’Henri Poincaré : Les années De Formation, De l’École Polytechnique à l’École Des Mines (1873-1878). Archives Henri Poincaré, s. d., Archives Henri Poincaré, s. d, La correspondance d'Henri Poincaré, accessed 5 December 2020, http://henripoincare.fr/s/correspondance/item/7553

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