LettreHenri Poincaré à Aline Boutroux - 27 novembre 1873

[27 novembre 1873]

Ma bonne Liline1,

J’ai reçu tes considérations politiques et je n’ai pas éclairci le mystère de l’élève de Vaugirard. D’abord je te ferai remarquer que je n’ai pas fait un pas à droite. Il est parfaitement admis qu’on aille voir un type dans quelque boîte que ce soit. Du reste je te répète que je crois que ma position est inattaquable. Ce qui pourrait te paraître plus grave, c’est ce que je t’ai dit hier pour Ruault. Mais rappelle-toi que cette paix consistera simplement en ceci, que nous recommencerons à nous parler. Tu appelles ma politique, une politique de bascule ; ce n’est pas du tout cela. Le conflit est momentanément suspendu entre les deux partis par la défaite des jésuites et par l’acceptation du rond et j’observe l’armistice. Il est impossible d’admettre que Ruault ait consenti volontairement à se laisser traîner dans la boue comme je l’ai fait et aucun de mes cocons ne pourra jamais le croire. Je voudrais seulement des détails sur la victoire de Victoire2, sur le ton épique dont elle a raconté mon équipée et sur la longueur qu’elle a attribuée à ma visite, laquelle n’a duré qu’un intervalle de temps Dt ou même dt , ce dont Xardel s’est plaint. N’attache donc pas trop d’importance à cette visite que tout le monde ici considérera comme une démarche personnelle. Quant à Ruault s’il recommence à me parler, la déconsidération n’en atteindra que lui ; car après ce que je lui ai fait, il n’aurait plus jamais dû me regarder de sa vie.

Du reste, pour ne plus vous inquiéter, je n’irai plus voir Xardel jusqu’à nouvel ordre. Mais il faudrait que j’y retourne souvent avant qu’on commence à me soupçonner. La supposition d’une alliance secrète de moi et des jésuites paraîtrait si invraisemblable qu’elle ne supporterait pas l’examen d’une seule salle. Comment imaginer en effet que j’aie si mal servi mes alliés. En effet, le topo que j’ai lancé chez les anciens destiné à arrêter l’offensive que les jésuites avaient prise en demandant un blâme contre la commission des cotes pour une formalité sans importance, et il y a effectivement réussi. De plus comment Badoureau en particulier pourrait-il penser que ce sont les jésuites qui l’ont prévenu de leurs intentions de manière à faire rater leur coup de dimanche. Tout au plus pourrait-on admettre qu’ils m’ont acheté depuis ; mais l’invraisemblance de cette supposition plaide suffisamment contre elle.

J’ai vu Mme Rambaud hier avec Mme Lavis3.

Je vais t’annoncer une bonne nouvelle. On nous a donné un congé pour Noël à propos de Mac Mahon4 et on l’a accepté par 126 voix contre 76. J’aurais voté non ; mais je suis tout de même content qu’on ait voté oui.

Je t’embrasse.

Henri

 


  1. Il s’agit bien-sûr du diminutif affectueux d’Aline, la sœur de Poincaré.

  2. Il pourrait s’agir de la mère de Paul Xardel, Victoire Xardel.

  3. Sur la lettre on lit Lavis. On peut supposer qu’il s’agit de l’épouse de l’historien Ernest Lavisse (1842-1922), avec qui Alfred Rambaud devait publier une Histoire générale, du IVe siècle à nos jours en 12 volumes [A. Rambaud & E. Lavisse 1892-1901].

  4. Patrice de Mac Mahon.

Titre (dcterms:title)

Henri Poincaré à Aline Boutroux - 27 novembre 1873

Incipit (ahpo:incipit)

J'ai reçu tes considérations politiques ...

Date (ahpo:writingDate)

1873-11-27

Expéditeur (ahpo:sentBy)

Destinataire (ahpo:sentTo)

Identifiant (dcterms:identifier)

L1873-11-27-HP_AP

Adresse (ahpo:destinationAddress)

Lieu (ahpo:writtenAt)

Sujet (dcterms:subject)

(fr) Affaire des postards  ;
(fr) Visites familiales et amicales

Chapitre (ahpo:publishedIn)

Lieu d’archivage (ahpo:archivedAt)

Type (ahpo:documentType)

(fr) Lettre autographe signée

Section (dans le livre) (ahpo:sectionNumber)

1

Droits (ahpo:rightsHolder)

Archives Henri Poincaré

Nombre de pages (ahpo:numberOfPages)

3

Mots d'argot polytechnicien cités (ahpo:citeArgot)

Noms cités dans l'apparat (ahpo:citeApparatName)

Références Bibliographiques citées dans l'apparat (ahpo:citeApparatBiblio)

Numéro (ahpo:letterNumber)

009

Langue (ahpo:language)

fr

Éditeur (dcterms:publisher)

Laurent Rollet

Licence (dcterms:license)

« Henri Poincaré à Aline Boutroux - 27 Novembre 1873 ». La Correspondance De Jeunesse d’Henri Poincaré : Les années De Formation, De l’École Polytechnique à l’École Des Mines (1873-1878). Archives Henri Poincaré, s. d., Archives Henri Poincaré, s. d, La correspondance d'Henri Poincaré, accessed 7 July 2020, http://henripoincare.fr/s/correspondance/item/7554

Scan