LettreHenri Poincaré à Eugénie Poincaré - décembre 1874

[Décembre 1874]

Ma chère maman (20 en Ana [Analyse])

Les journées de jeudi et de vendredi se sont passées dans le calme le plus parfait. 4 élèves ont 15 jours de prison, 1 qui est de ma salle 8 jours et 3 autres 4 jours. On a retiré les galons à un serpent. Le colo a passé toute la journée de jeudi en conférence avec le pitaine ; hier il est venu au dessus et il a été fort aimable avec tout le monde ; quant au pitaine il est furieux ; il est venu au réfec [réfectoire] l’autre jour et a distribué des colles à tort et à travers. Le géné « continuait son rapport sur les écuries et ne s’est pas dérangé de çà pour le chahut ». Bonnet qui riait après la première compos en débitant son discours sur le communisme est furieux après la seconde. Le conseil de perfectionnement a été réuni. Il est évident que nous serons forcés de recommencer une troisième fois la compos et cette fois sérieusement. L’adminis ne se montre pas cette fois aussi plate qu’elle a l’habitude de le faire.

L’autre jour, le colo est arrivé dans ma salle il arrive devant la place de Pigeon1 où s’étalait un magnifique jodot commencé représentant Houm Zeller2. C’est vous, M. Pigeon, qui faites de ces choses-là. Oui mon colo, eh bien je vous consigne, non je ne vous consigne pas parce que vous avez dit oui. Et il s’en va avec le jodot sous le bras, il le montre à Houm. Comment s’appelle ce houm, en quelque sorte jeune homme. C’est Pigeon, dit le colo ; eh bien, je le houm invite à houm pour ainsi dire, dîner et je le ferai houm achever ma houm, j’ose à peine le dire, caricature. J’ai été obligé mercredi d’envoyer une nouvelle cargaison de cartes ; j’ai cru que je ne trouverais pas le moment de les mettre à la poste tellement j’étais pressé. Je n’ai pas pu le faire avant la levée de 5 heures. J’ai reçu ma chaîne de montre au milieu de la bagarre et je l’ai totalement oubliée le premier jour tellement nous étions en l’air. Pinat a repris la parole avec une volubilité longtemps contenue. D’ailleurs la fusion est complète et la chose s’est passée le mieux possible, beaucoup mieux qu’on ne pouvait l’espérer. Il fallait une occasion semblable pour réunir une majorité suffisante.

 


  1. Georges Pigeon.

  2. Jules Zeller avait été professeur d’histoire dans plusieurs lycées de province avant d’être nommé à la Sorbonne. De 1863 à 1887 il assura les cours d’histoire à l’École polytechnique. Zeller était très souvent brocardé par les élèves polytechniciens en raison de ses tics d’élocution : il était ainsi connu pour son usage immodéré des « hum ! hum ! » et des « en quelque sorte ». Son nom était par ailleurs utilisé pour désigner les épinards car son cours avait lieu les mardis, juste avant un repas où traditionnellement on servait des épinards [G. Pinet & A. Lévy 1894].

 

Titre
Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - décembre 1874
Incipit
Les journées de jeudi et de vendredi se sont passées dans le calme ...
Date
1874-12
Identifiant
L0112
Adresse
Nancy
Lieu
Paris
Sujet
fr Visites familiales et amicales
fr Colles et examens (polytechnique)
Lieu d’archivage
Private collection 75017
Type
fr Lettre autographe
Section (dans le livre)
16
Droits
Archives Henri Poincaré
Nombre de pages
2
Mots d'argot polytechnicien cités
Salles
Serpent
Colo
Pitaine
Colle
Géné
Chahut
Jodot / Jodoter
Consigne
Noms cités dans l'apparat
Poincaré, Henri (1854-1912)
Numéro
112
Langue
fr
Éditeur
Archives Henri Poincaré
Laurent Rollet
Licence
CC BY-ND 4.0

« Henri Poincaré à Eugénie Poincaré - décembre 1874 ». La Correspondance De Jeunesse d’Henri Poincaré : Les années De Formation, De l’École Polytechnique à l’École Des Mines (1873-1878). Archives Henri Poincaré, s. d, Archives Henri Poincaré, s. d, La correspondance d'Henri Poincaré, consulté le 19 juin 2024, https://henripoincare.fr/s/correspondance/item/4569